L’origine des Koryu: la formation du Jujutsu et du Taijutsu

Les Arts martiaux japonais de saisie à main nue existent depuis très longtemps. Les premières références à de tels arts ou systèmes de combat  peuvent être trouvées dans les premiers documents historiques que l'on appelle au Japon, le « Kojiki » ("Enregistrement des anciennes questions") et le « Nihon Shoki » ("Chroniques du Japon"), qui concernent la création mythologique du pays et la mise en place de la famille impériale.

On trouvera d'autres aperçus dans les anciens documents et images dépeignant le « sumai » (ou sumo), en tant que rite de la Cour impériale de Nara et Kyoto, effectué à des fins de divination et pour s'assurer une récolte abondante. Ces systèmes de combat ont commencé à s'appeler Ju-jitsu, entre autres termes associés, au cours de la période Muromachi (1333-1568), selon les « Densho » (rouleaux de transmission) des divers Ryû-ha (traditions martiales, « écoles ») et les dossiers historiques.

Certains définissent le Ju-jitsu et arts similaires « non armés » comme des systèmes de combat proches de ceux utilisés pour vaincre ou contrôler un ennemi, armé ou non. Les méthodes de base d'attaque comprennent la frappe ou esquive, estoc ou poinçonnage, les coups de pied, les projections, clouer l’adversaire au sol ou contre un mur, les immobilisations, les étranglements et verrouillages articulaires. Beaucoup d’efforts ont également été déployés par les bushi (guerriers classiques) pour développer des méthodes efficaces de défense, y compris les parades ou attaques et blocage simultanés, les coups de pied, réception de projection ou des techniques de verrouillage d'articulation (c.-à-d., tomber en toute sécurité et savoir comment « retourner la technique à son avantage », pour neutraliser l'effet de la technique), se libérant de l'emprise de l'ennemi et changer sa position pour se soustraire ou contrer une attaque.

 : Ancienne affiche datant des années 1950: image 1, & Planche montrant les techniques traditionnelles de Jujutsu: image 2.

Cependant, d'un point de vue plus large, basé sur le cursus de la plupart des arts martiaux japonais classiques eux-mêmes, ces arts sont peut-être plus exactement définis comme des moyens non armés de faire face à un ennemi qui était armé, ainsi que les méthodes d'utilisation des armes légères comme le jutte (Saï à une branche), tanto (couteau) ou kakushi buki (arme cachée), tels que le ryofundo kusari (chaîne lestée) ou le bankokuchoki (un type de casse-tête), pour vaincre des adversaires armés ou non. En outre, le terme de Ju-jitsu a été également parfois utilisé pour désigner des tactiques de lutte, utilisant les principales armes du guerrier : ken ou tachi (sabre), yari (lance), naginata (fauchard léger) et bo (bâton moyen).

Ces méthodes de combats rapprochés étaient une partie importante des différents systèmes martiaux qui ont été développés pour une utilisation sur le champ de bataille. On estime généralement qu’elles prirent forme au cours de la période dite de « Sengoku Jidai »  (période des Royaumes combattants, 1467-1568) : le katchu bujutsu ou yoroi kumiuchi (avec des armes ou vêtus d'armure) ou Edo Jidai (époque d'Edo, 1600-1868), Suhada bujutsu (combats habillés avec des vêtements de rue normaux de la période, le kimono et le hakama).

Les systèmes de combat non armés et de Close Combat:

Bien que ces arts soient plus souvent désignés sous le terme générique de « Ju-jitsu, », il y eut beaucoup de noms différents pour ces types de techniques et tactiques, d'un Ryû à l'autre. Hade, hakuda, Ju-jutsu, kempo (Sekiguchi-ryu, Araki-ryu, Seigo-ryu), koppo, kogusoku et koshi no mawari (Takenouchi-ryu et Yagyu Shingan-ryu), kowami, kumiuchi, shubaku, tode, torite, yawara [jutsu] (Tenshin Shoden Katori Shinto-ryu, Tatsumi-ryu et Shosho-ryu) et yoroi kumiuchi (Yagyu Shingan-ryu) sont quelques-uns des mots qui ont été utilisés au cours des années. Dans certaines traditions, comme le Takenouchi-ryu et Yagyu Shingan-ryu, plus d'un terme a été utilisé pour désigner et séparer les différentes parties de leurs programmes d'études. Chacun de ces mots désigne des systèmes avec des contenus différents ou légèrement variés, désignant les caractéristiques techniques.

Le développement des systèmes de Combat à mains nues et rapprochés:

Peu importe où ils habitent, les gens passent souvent beaucoup de temps à développer et perfectionner les méthodes d'utilisation des armes pour la chasse et le combat. En cas de succès, des expériences personnelles et des idées (souvent acquises sur le champ de bataille) aident les individus à établir des  "styles" particuliers, "écoles", ou « traditions »--en japonais, le bujutsu ryu - ha. En comparaison avec les arts de combats voisins, par exemple en Chine et en Corée, les systèmes de jujutsu japonais mettent plutôt l'accent sur les projections, immobilisations ou « clouage » au mur ou au sol, techniques de verrouillage d'articulation et étranglements.

: Manga* sur le Jujutsu des Koryu (cf.Lexique): planche traditionnelle sur les Atemi waza.

« Les Atemiwaza (techniques de frappe sur les points vitaux) sont d'une importance secondaire dans la plupart des systèmes japonais, tandis que ceux chinois, dans le Chuan-fa (boxe chinoise; en japonais: kempo) mettent l'accent sur les coups de poing, frappes et coups de pied ».

[Cette opinion n’engage que l’auteur, Meik Skoss, et démontre, à mon avis, une méconnaissance des 2 principes dans l’enseignement des « Koryu » (les Anciennes Ecoles): le Sappô, l’art de toucher les points vitaux, pour neutraliser, et le Kappô, pour réanimer, soigner ou guérir].

On estime généralement que les systèmes japonais du hakuda, kempo et shubaku qui affichent une certaine influence chinoise, mettent l'accent sur les atemiwaza, tandis que les systèmes qui proviennent d'une source plus purement japonaise ne le font pas...

[NDLA : encore une fois, je m’inscris en faux contre cette opinion: Pour se faire un autre opinion sur la question: on pourra consulter L'Art ultime et sublime des points vitaux de Sensei Henry Plée, qui nous explique clairement, qu'un Samurai commençait son apprentissage, pour le combat sur le champ de bataille, jeune, à environ 12 ans. Il était formé à l'aide de techniques défintives et mortelles, qui lui permettait d'en finir au plus vite avec l'adversaire. C'est pourquoi ces techniques étaient tenues secrètes par chaque clan, et permettait au jeune bushi d'achever sa formation initiale, en quelques mois.]

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les arts japonais se sont développés de cette façon. Tout d'abord, il y avait un changement majeur dans la conduite de la guerre durant la période du « Sengoku Jidai », comparée à celle des époques précédentes. Les combats se caractérisaient par des combats à grande échelle sur le champ de bataille. Un Bushi, habillé en armure, combattant partout dans une situation de mêlée (pas le genre de conditions où frappe un ennemi avec ses poings ou pieds) serait efficace. La tactique de combat rapproché de jour prévoyait de se rapprocher de l'ennemi, le projeter à terre, et prendre (la couper) sa tête. Une autre raison de l'accent secondaire sur les atemiwaza dans les systèmes japonais est le fait que, même quand son adversaire ne porte pas toute sorte d'équipement de protection, il est difficile de vaincre (en tuant ou incapacitant) un combattant formé d'un seul coup ; dans ces circonstances, l'échec est plus probable que le succès. Si votre tentative échoue, l'ennemi utilisera l'arme qu'il porte pour vous abattre. La chose la plus importante, est ensuite, ne pas de lui permettre d'utiliser son arme. Si c’était un sabre, il était conseillé d’être en mesure de contrôler sa main droite, et l’empêcher de dégainer, ou s’il y est parvenu, à l’empêcher de s’en servir contre vous.

Des exemples courants de ce type de techniques peuvent être comparées à celles du Kime no kata (formes décisives), le Nukikake (techniques de dégagement contre le sabre), ou Kirioroshi (Coupe au sabre descendante), ou les techniques de judo basées sur les anciennes formes de Jujutsu, comme le Tenjin Shiniyo Ryû. D’un autre côté, si vous êtes celui qui tient le sabre (ou une autre arme), vous devez être capable de vous débarrasser de la tentative de saisie de l’ennemi, mettre de la distance, et mener une contre-attaque efficace, une technique qui apparaît souvent dans le Yagyu Shingan Ryû.

Ainsi, les compétences de combat rapproché étaient essentielles, pour les policiers et les guerriers du Shogun, pour leur permettre de vaincre un adversaire non armé ou équipé,  ne serait-ce qu'avec une arme « mineure ». En fait, il y avait des moments, où utiliser ses propres armes était soit difficile, voire impossible. Un bushi recourrait généralement à son épée lorsqu'il était menacé, mais il y avait certaines situations où il n'était pas autorisé à l'utiliser. Un exemple eut lieu dans le château d'un Seigneur. Ce fut la cause des événements relatés dans le "Chushingura" (la célèbre histoire des « 47 Ronins »), où le Seigneur Asano tira son épée courte (wakizachi), dans l’enceinte du château d'Edo, et tenta d'abattre le seigneur Kira pour l’avoir insulté. Il s'agissait d'une infraction majeure, punissable de mort, et sa vie et son domaine furent donc saisis, menant à la célèbre vengeance des 47 Rônins.

Un autre cas typique du ju-jitsu utilisé par les Bushi, se produisait lorsqu'un guerrier de haut rang était attaqué par un autre de rang inférieur. Dans un tel cas, même si le guerrier de rang inférieur, un ashigaru (fantassin, le niveau le plus bas des bushi) par exemple, attaquait, disons, un général, à l’aide de son sabre, il aurait été inconvenant pour l'officier supérieur d'utiliser une arme contre une telle personne commune ; ainsi les guerriers devaient aussi être capable de contrôler et de maîtriser ces adversaires, d'une manière digne de leur statut.

Source: Cet article est paru, en premier lieu, dans l'Aikido Journal #103, vol. 22, no. 2, 1995, Meik Skoss, 1995, issu du site Koryu.com. Traduction personnelle.

Tags: influence chinoise, ju jitsu, Judo, jujutsu, kappo, kata, kempo, Koryu, points vitaux, ronins, ryû, sappo, shogun, taijutsu, techniques, waza, yagyu shingan ryu

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