Les Shinobi ou Ninja

Ninja (忍者) est un terme japonais moderne (XXè siècle), servant à désigner une certaine catégorie d'espions, actifs jusqu'à la période d'Edo (XVIIe siècle).

Le ninja désigne usuellement celui qui suit et achève la formation au ninjutsu (忍術), une discipline extrêmement rigoureuse tournée vers la survie, appliquée lors des périodes guerrières du Japon médiéval, aux missions d'espionnage, de renseignement, d'infiltration et de sabotage.

Maître Roland Habersetzer (9è dan Hanshi de Karaté (et bien d'autres disciplines) et moniteur de tir de combat), nous donne 3 définitions intéressantes, dans son ouvrage, Ninjutsu (aux Editions Amphora):

Tout d'abord:

  • Ninja: aussi appelé Shinobi no mono: guerrier du moyen-âge japonais, spécialisé dans les missions d'infiltration et d'élimination (de Nin=furtif, et ja ou sha: spécialiste), agissant pour le compte de clans rivaux luttant pour le pouvoir au Japon. On trouvait aussi ce personnage, selon les époques, sous les noms de Kancho, Sekko, Kagimono-hiki, Saïsaku(:travaux des ruses minutieuses), Yuteï (espion, voyageur), Gyonin (voyageur), Igamono (homme de la province d'Iga), Kogamono (homme de celle de Koga), Onmitsu (homme d'une mission secrète), Toppa (celui des actions imprévisibles)...

  • Ninjutsu: aussi appelé shinobi-ho: "méthode furtive", techniques  de combat du ninja, guerrier de l'ombre. Elaborées au cours des siècles, depuis l'aube de l'histoire du Japon, et ses relations avec la Chine, sans cesse enrichies, au cours des guerres internes au Japon, qui virent différents clans de ninja servir les seigneurs (Daimyô) rivaux, ces méthodes étaient, pour la plupart peu orthodoxes, en regard de celles en usage, auprès des guerriers professionnels (Samuraïs) inspirés, quant à eux par l'éthique du Bushidô. Les techniques des Shinobi étaient cependant très efficaces et faisaient du guerrier furtif un adversaire redoutable. on trouve le Ninjutsu à l'origine même des techniques martiales des Koryu (Anciennes Ecoles), qui devinrent arts martiaux, du Japon.

  • Ninpô: Voie: Dô ou Pô furtive (nin): cette désignation veut dépasser la simple notion de Ninjjutsu (technique de combat du Ninja) pour l'élargir en comportement général, philosophie de la survie, et même compréhension de la Nature, à travers cette recherche de l'harmonie corps-esprit, qui est l'objectif de tous les arts martiaux de l'Extrême-Orient. Le Ninpô est au ninjutsu, ce que le Budô (voie martiale d'éveil) est au Bujutsu (techniques martiales). On trouvait le même concept en Chine, sous le nom de "Yin-Sen-Shu", et en Corée, sous celui de "Un-Shin-Bub" (Shin-bop).

Les ninjas proviennent a priori à l'origine de troupes formées entre le VIIIe et le IXe siècle, et de bushi vaincus sans seigneurs (rōnin), qui se sont réfugiés dans les provinces d'Iga et de Kōga (maintenant les préfectures de Mie et de Shiga, du côté du lac Biwa). Ayant en commun le déracinement et la défaite, ils développèrent des techniques de survie dans ces contrées sauvages, ainsi que des techniques de combat pragmatiques provenant d'origines diverses. Ils subirent sans doute l'influence :

  • des pirates (海賊, kaizoku) de la région de Kumano, à qui ils doivent les techniques d'utilisation des grappins,

  • des yamabushi, ascètes vivant dans la montagne et adeptes du shugendō (pratiques mystiques),

  • des moines bouddhistes de la région, notamment des bouddhistes ésotériques shingon,

  • et des hinin, personnes de basse condition sociale utilisées pour les tâches jugées impures, notamment en relation avec le sang et le cuir.

Les ninjas étaient sans doute à l'origine des troupes de guerriers similaires à des milices civiles au service de propriétaires terriens (jizamurai) dont le but était la défense de la province ; ils n'étaient probablement pas uniquement des guerriers mais exerçaient un autre métier (paysan ou goshi : soldat-paysan).

À cette époque, Kibi no Makibi, ambassadeur japonais en Chine, amena au Japon les doctrines militaires chinoises, dont L'Art de la guerre de Sun Zi (appelé Son Shi au Japon, Sun Tsu). Une autre hypothèse probable est qu'à cette période les futurs ninjas aient subi l'influence de sociétés secrètes chinoises, déjà formées à ce genre d'activités depuis des siècles, dans les guerres incessantes dans l'Empire du milieu, et qui auraient pu avoir quelques membres expatriés dans l'archipel nippon.

Une chose est sûre, nombreux ont été leurs emprunts et améliorations dus aux échanges commerciaux et de populations, comme dans l'île d'Okinawa, berceau de certains types d'arts martiaux, qui ont pu se mélanger.

Dans le cas du développement des traditions purement japonaises qui s'ensuivirent et aboutirent à la perfection de ces troupes, il est incontestable que l'établissement dans ces contrées sauvages et entourées de montagnes, sans grand intérêt économique et protégées des invasions des seigneurs voisins, a sans doute contribué à développer un esprit d'indépendance, et notamment l'absence d'attachement à un seigneur, et aucune réticence morale à se retourner contre d'anciens alliés. Cela a aussi contribué au secret, et donc à l'aura de mystère qui les entoure.

Il est difficile de donner une date exacte de l'apparition des ninjas, il s'agit sans doute d'une évolution progressive. Le premier recours documenté daté à l'utilisation de ces troupes d'Iga et de Kōga (les Iga shû et les Kōga shû) est sans doute l'attaque du château du seigneur Rokkaku à Magari par le seigneur Ashikaga vers 1487. Ieyasu Tokugawa, qui fut daimyo (seigneur féodal) puis shogun (dictateur militaire du Japon) au XVIe siècle eut fréquemment recours à ces agents de renseignement. Mais les ninjas étaient aussi parfois des guerriers inféodés à leur seigneur et n'ayant aucun rapport avec les familles d'Iga et Kōga, comme ceux utilisés par Shingen Takeda à la même période : il existait plus de soixante-dix familles de ninjas à travers l'ensemble du Japon à cette époque, moins réputées que celles des deux provinces phares certes, mais tout aussi dévouées à cet usage.

L'événement le plus marquant fut sans doute la sanglante soumission de la province d'Iga (la province actuelle de Mie, à l'est de la ville de Nara) par les troupes de Nobunaga Oda entre 1579 et 1581. Nobunaga était le régent (bien qu'il ne fût pas nommé shogun par l'empereur), et l'indépendance d'Iga représentait un défi à son autorité. Les deux premières tentatives de soumission se soldèrent par un échec. Pour la troisième, il envahit la province avec six armées venant de six endroits différents. Devant le nombre écrasant d'adversaires, les techniques de guérilla se révélèrent insuffisantes et les familles d'Iga et Kōga furent massacrées. Quelques survivants allèrent se réfugier chez les daimyos voisins (dont Ieyasu Tokugawa) et se mirent à leur service.

À partir de là, certains ninjas, nommés onmitsu, employés par le shogun pour espionner les daimyos, et d'autres, les oniwaban, étaient utilisés pour assurer la sécurité rapprochée du shogun et la surveillance de son château, ainsi que, dans une certaine mesure, la police dans la capitale Edo. En effet, la période Edo se caractérise par une relative paix entre les clans, les techniques de maîtrise non armées ou avec des armes non tranchantes développées par les ninjas étaient particulièrement intéressantes dans ce contexte.

Sources: Ninpô de Shihan Kacem Zoughari; Ninjutsu, de Me Habersetzer; wikipédia: article: ninja.

<--- Page Précédente   |   Haut   |   Page Suivante --->