Les Arts martiaux chinois

Prenons l'idéogramme Wu ou Bu, on constate qu'il se constitue de deux caractères principaux, le premier Shang (au dessus de, supérieur, plus élevé) évoluant en Zhi (empreinte profonde d'un pas, arrêt, faire cesser, interdire, empêcher) et se transformant en Wang (liason entre la Terre, l'Homme, le Ciel, emblème royal). Ce premier caractère se situe devant Gue (hallebarde à crochet, arme meurtrière, par extension arme de tout genre et utilisation de cette arme, donc de la violence... de la guerre). L'idéogramme en question signifie donc littéralement «ce qui est capable d'arrête la guerre». Shu & ou Jutsu (Jitsu) quant à lui se compose de Xing (carrefour, ren contre, croisement de chemins) évoluant en Si (art médical, plante médicinale, par extension art, science, technique secrète). Wu Shu, comme Bu Jutsu signifie donc originellement «ART CAPABLE D'ARRETER LA GUERRE» ou «ART S'OPPOSANT A LA VIOLENCE».

Cette transcription littérale du Chinois ou Japonais classique au Français comporte de plus plusieurs notions philosophiques, ésotériques (liaison Terre/Homme/Ciel) ou liées aux techniques de santé (art médical, plantes qui guérissent). On est donc totalement à l'opposé de la traduction généralement admise... il ne s'agit nullement d'un «Art guerrier»... ou «Martial» (dans son sens occidental actuel), mais bien au contraire d'un Art créé pour s'opposer à la violence. Pour ne laisser aucun doute à ce sujet, Couvreur, auteur du Dictionnaire Classique de la langue Chinoise (1880) définit Wu de la manière suivante : «Wu : la vraie bravoure qui arrête l'action de la lance. Le vrai brave est celui qui est capable de faire cesser l'action des armes sans utiliser celles-ci...» .

Le vrai sens du Wu Shu, nous dit Sifu Geoges Charles, comme le vrai Budo devrait correspondre à cette définition ou au moins s'en rapprocher. On reproche parfois aux «Arts Martiaux» et à plus forte raison aux «sports de combat» leur violence. Or, il s'avère que celle-ci est prise en compte consciemment, strictement régie et, normalement, parfaitement contrôlée... Les accidents y sont toujours le fait du hasard... puisque le danger est connu, on doit savoir s'en éloigner ou le maîtriser.
Concernant la Chine, il est parfois question de «Kong Fu» ou «Gung Fu» ... Or il faut savoir que ce terme employé seul est impropre, il signifie littéralement «travail accompli» , «réalisation personnelle» parfois même «homme méritant». Le terme Kong Fu implique donc un niveau atteint dans une discipline... fut-elle la cuisine, l'ébénisterie, la littérature, la peinture ou... les arts martiaux. On peut, par exemple, affirmer que Boccuse a le «Kong Fu» en cuisine ou que Verlaine avait le «Kung Fu» en poésie... Pour les arts martiaux, il convient donc d'ajouter ce à quoi on se réfère «Kung Fu Wu Shu» = «réalisation personnelle dans l'art capable d'arrêter la violence»... «Hung Gar Kung Fu» «réalisation personnelle dans l'art du poing de la famille Hung...».
Précisons que ce terme «Kong Fu» nous vient, principalement, des Etats-Unis... encore les anglo-saxons ! En Chine et chez les Chinois on préfère utiliser les termes Wu Shu (Art chevaleresque), Kuoshu (Art du pays... ou Art national), Chung Kuo Chuan (Poing du pays du Centre... ou poing chinois). En règle générale Kong Fu est réservé à l'exportation vers les «barbares»... ou les «Kwai Lo» (Guai Lo) (fantômes blancs).

Avant la dynastie des Qing (prononcé TCHING), nous avons conservé peu de traces d’arts ayant un rapport direct avec les pratiques martiales chinoises d’aujourd’hui.

Les principaux styles et écoles sont nés de la diversification du Wushu sous les Qing. Une terminologie est apparue dans les traités de la dynastie Ming.

La distinction la plus intéressante est celle qui oppose « l’école externe » (waijia), considérée d’obédience bouddhiste en raison de son rattachement au monastère Shaolin, et de « l’école interne » (neijia) d’obédience taoïste dont le berceau mythique serait le mont Wudang (montagne sacrée). Shaolin et Wudang, symboles d’une opposition proverbiale entre, d’une part, une pratique fondée sur la puissance musculaire, et d’autre part, l’application au combat de principes stratégiques et énergétiques considérés supérieurs. Le Dictionnaire cihui la résume ainsi: « Le travail « interne » (neigong) préserve la tranquillité au sein du mouvement et insiste sur la défense alors que le travail « externe » (waigong) se fonde sur l’action qui se manifeste par l’attaque ». Si les écoles martiales du courant externe plongent pour la plupart d’entre elles leurs racines dans les associations de boxeurs du monde rural et s’appuient sur une transmission orale, l’ensemble des théories qui sous-tendent la pratique de l’école interne repose sur des écrits de lettrés de la dynastie Qing:

-le Wang Zhengnan muzhiming, ou Epitaphe à Wang Zhengnan, de Huang Zongxi;
-le Taiji quan pu, ou Recueil du Taiji quan, de Wang Zongyue
-le Neijia quanta, ou Méthode de boxe de l’école interne, de Huang Baijia
-le Changshi wuji, ou Livre des techniques martiales de la famille Chang, de Chang Naizhou
-les traités de la boxe Taiji de Wu Heqing (Yuxiang), Wu Chengqing, Wu Ruqing et Li Yiyu
-le Chenshi Taiji quan tushuo ou Explications illustrées de la boxe Taiji de la famille Chen de Chen Xin, etc.

Les arts martiaux chinois, popularisés sous le nom de kung-fu ou boxes chinoises, également désignés par les termes mandarinswǔshù (武术), guóshù (国术) ou quánfǎ (拳法), sont constitués de centaines de styles différents de combat à main nue ou armée, qui ont été développés en Chine au fil des siècles.

En Chine, le terme wǔshù (trad.: 武術, simpl.: 武术) correspond à l’expression française « art martial », incluant donc des arts venant d’autres pays. L’examen des caractères qui le composent montre que ce terme a ce sens plus général.

: sinogramme « Gong-Fû ».

: sinogramme "wu Shu ".

  • 武 () : ce sinogramme ancien (pictogramme) représente le radical ‘stopper’ sous une « hallebarde ». L’idée est celle de l’arme du gardien, le pictogramme a le sens d’un talisman protecteur à l’entrée de la « maison ». Il empêche voleur et démon de pénétrer et de porter atteinte aux biens ou à l’intégrité physique des habitants (agression, maladie). L’idéogramme a pris un sens plus général, il désigne ce qui a trait à la guerre, au combat. L’adjectif français « martial » est une traduction tout à fait appropriée.

  • 術 ou 术 (shù) : les moyens nécessaires relèvent de l’idéogramme shu, les savoirs-faires, les connaissances multiples (médecine, art du combat, art de la guerre, techniques des armes, diplomatie, etc.). Ici, le terme « art » est à comprendre au sens ancien : celui, l’artisan, qui par un apprentissage long et rigoureux possède un métier.

Dans les langues chinoises, plusieurs termes autres que wushu désignent les arts martiaux de Chine. Notamment 中国功夫 (pinyin: zhōngguó gōngfū) pour désigner les arts martiaux nationaux.

Le pinyin (chinois : 拼音 ; pinyin : Pīnyīn ; Wade : P’in-yin ; EFEO : P’in-yin) est un système de romanisation du chinois mandarin, promu officiellement par la Chine.

En 1979, l’Organisation internationale de normalisation a adopté le pinyin comme système de romanisation du mandarin. C’est le système de transcription de cette langue le plus répandu de nos jours dans les ouvrages modernes.

Le style Shaolin quan , ou Boxe de Shaolin, est généralement considéré comme le premier art martial institutionnalisé. Selon la légende, Boddhidarma aurait enseigné cet art martial au Ve siècle aux moines du temple Shaolin, pour les aider à se défendre des animaux et des brigands qui rôdaient autour du monastère.

  : Monastère de Shaolin, entrée principale, province du Henan.

Toutefois, la plus ancienne preuve d’une participation de moines Shaolin à des combats est une stèle datant de 728 qui atteste une défense du monastère contre des bandits vers 610, et le rôle ultérieur dans la défaite de Wang Shichong à la bataille de Hulao en 621. Aucun document ne permet d’attester de la participation Shaolin dans des combats entre le VIIIe et XVe siècles. Néanmoins, entre le XVIe et XVIIe siècles, apparaissent une quarantaine de sources qui attestent non seulement de la pratique d’arts martiaux par les moines de Shaolin, mais également que cette pratique est devenue une partie intégrante de la vie monacale que les moines justifient par la création de nouvelles légendes bouddhiques. Des références à la pratique des arts martiaux à Shaolin apparaissent dans différents genres littéraires de la fin des Ming ; épitaphes de moines guerriers de Shaolin, manuels d’arts martiaux, encyclopédies militaires, écrits historiques, récits de voyages ou de fiction et poésie. Toutefois, ces sources ne font pas apparaître un style martial spécifiquement originaire de Shaolin. De même, ces sources, contrairement à celles de l’époque Tang, se référent seulement à des méthodes Shaolin de combat armé (plutôt qu’à main nue), dont l’arme qui a rendu célèbre les moines Shaolin : le bâton (gun). Le général Ming Qi Jiguang inclut la description du kung-fu Shaolin et les techniques du bâton dans le livre « Nouveau registre des techniques efficaces » (纪 效新书). Cet ouvrage eut ultérieurement une grande influence sur le développement des arts martiaux dans d’autres régions asiatiques, comme l’île d’Okinawa et la Corée.

Sources: Sifu Georges Charles, Sites: Tao-Yin.com et .fr, le nouveau site; wikipédia: arts martiaux chinois.

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