Les 5 Monastères de Shaolin, Boxes externes-2

« WAI JIA »: ARTS DU POING EXTERNE:

: vrai moine de Shaolin et Boxe de l’homme ivre.

 

Petite remarque, avant d’aborder le sujet: à part les maîtres qu’il faut connaître par avance, il est regrettable que les informations sur la pratique des arts martiaux chinois véritables soient absentes du Web, au premier abord. Car le néophyte est souvent dirigé vers des enseignants, aux pratiques essentiellement gymniques, mais qui n’ont à voir avec l’essence de ceux-ci.

Pour notre bonheur, quelques véritables Sifu enseignent en Europe, et en France en particulier: Sifu Georges Charles, Dr Jian, Sifu Yang Jwing Ming (par stages), et Sifu Didier Beddar, pour le style Wing Chun, entre autres.

On lira, après cette brève introduction historique, l’exposé de notre Sifu érudit Georges Charles, qui a bien voulu nous faire profiter de son savoir sur son site (Tao-yin.com et Tao-Yin.fr, en cours de construction, le nouveau).

Le kung-fu Shaolin ou Shaolin kung-fu (chinois : 少林功夫 ; pinyin : Shàolín gōngfu ; Wade : Shao lin kung fu ; cantonais Yale : Siu lam gong fu ou Shaolin Quan (chinois : 少林拳 ; pinyin : Shàolín quán ; Wade : Shao lin ch’üan) est un art martial chinois traditionnel, se référant à l’ancienne école du monastère Shaolin, lieu où il aurait été créé.

D’après la tradition, le moine bouddhiste Bodhidharma (Ve siècle) aurait enseigné le kung-fu Shaolin aux moines du temple Shaolin, pour les aider à se défendre des animaux et des brigands qui rôdaient autour du monastère. Les recherches académiques critiquent cette thèse dès le XVIIIe siècle, et certains historiens font remonter cette légende au XVIIe siècle, avec la mention de pratiques physiques à Shaolin (Qi gong) dans des passages du Yì Jīn Jīng, dont l’authenticité (on le prétend daté du VIIe siècle) est mise en doute par les historiens (qui l’estiment postérieur au XVIIe siècle).

: le moine Bodhidharma, arrivé de l’Inde, incite les moines à un entraînement martial, allant de pair avec la méditation. Car il considère qu’ils manquent de vigilance, selon une autre légende.

Le moine bouddhiste Bodhidharma a été considéré comme le créateur des arts martiaux Shaolin. Cette attribution provient d’un taoïste ayant rédigé le Yijinjing en 1624, qu’il prétendit avoir découvert. La première des deux préfaces de ce manuel retrace la succession du style qi gong à partir de Bodhidharma jusqu’au général Li Jing, à travers une chaine de saints et héros de guerre bouddhistes. Les chercheurs considèrent ce travail comme une falsification, en raison de ses nombreux anachronismes et du fait que des personnages fictifs de la littérature chinoise y soient répertoriés comme maîtres de lignée. Ling Tinkang (1757-1809), un érudit de la dynastie des Qing, décrivait déjà cet auteur comme un « maître ignorant de village ».

Les recherches plus récentes démontrent que le saint patron du monastère était Bodhisattva Vajrapani, divinité révérée au moins dès le VIIIe siècle, par laquelle les moines pensaient obtenir force et compétences de combat. De même une stèle érigée en 1517 démontre que Vajrapani était considéré à cette époque comme le créateur des célèbres techniques de bâton des moines.

Le salut à distance est un geste d’harmonie et de politesse, et un symbole de non-agression (en empêchant une prise de combat, par la poignée de main). Les mains se joignent au niveau du chakra de l’air et du cœur (ou Anāhata), la main gauche ouverte (représentant le yin) posée sur le poing droit fermé (représentant le yáng). Il symboliserait que l’on retient son poing d’attaque avec son cœur. En unissant les idéogrammes « lune (du yin) » et « soleil (du yáng) », l’idéogramme « clarté (ou Ming) » se formerait. Il aurait symbolisé « renverser les Qing, et restaurer les Ming » (en chinois Fan Qing, Fu Ming) pendant l’après-guerre entre les Qing et les Ming.

La boxe de Shaolin inclut 708 séquences de routines armées et à mains nues, et 156 séquences d’exercices de respiration qigong, certaines d’entre elles préservées et documentées dans des manuels historiques d’arts martiaux.

L’histoire de Bodhidharma et du « Wai Jia », arts du poing externe, d’après Sifu Georges Charles, maître-héritier de l’Ecole San Yi Quan:

En l’année 504 de notre ère parvient au Monastère de la Petite Forêt, Shaolin Shi, un étrange individu à la peau claire, à la barbe hirsute et au regard de braise, habillé comme un barbare du Sud (Nan) et qui demande asile et protection.

Il s’agit, suivant ses dires, du fils aîné du Roi Sughanda, descendant du Bouddha, ce qui faisait de lui le vingt huitième* patriarche indien.

: autre représentation du patriarche Bodhidharma.

* Dans la tradition chinoise vingt huit représente le retour à l’unité fondamentale (8+2 = 10 = 1) alors que vingt sept (le Roi Sughanda, père de Bodhidharma représente (7+2=9) le Grand Yang, le Ciel, le soleil au zénith, le maximum de la croissance qui ne peut engendrer que le renouveau.
Bodhidharma, symboliquement, représente le « renouveau » du Dhyana et l’apparition du Chan Na, donc du Chan chinois.

Venant des Indes il avait demandé un entretien à l’empereur Wu de la dynastie des Liang (Liang Wudi ou Leang Wu Ti), protecteur du bouddhisme en Chine, et avait expliqué à ce dernier que malgré ses efforts et toutes les bonnes actions accomplies il n’avait pas encore acquis l’ombre d’un mérite.

L’empereur lui rétorqua que sous son règne il avait créé soixante temples et que cela méritait au moins quelques égards.

Bodhidharma, dans des termes d’époque, lui répondit qu’il ne s’agissait là que de spéculations immobilières, puisque de terrains sans la moindre valeur, l’empereur avait permis de tirer avantage et profit grâce aux taxes reçues en contrepartie.

Suivant Boddhidharma le seul et unique mérite concevable résidait dans la connaissance immédiate et mystique du néant de toute chose.

En un mot, les temples, les statues dorées, les images pieuses, les rituels, les dons et donc tout ce que le bouddhisme représentait en Chine ne valaient rien au regard de la recherche de l’Illumination.

Cette illumination ne pouvait s’obtenir que par le biais de la méditation, Dhyâna en sanscrit.

Boddhidharma, littéralement l’Illuminé, ne proposait pas moins à l’empereur qu’une nouvelle conception du bouddhisme Mahâyâna et la remise en cause de tout un système moral, philosophique et religieux auquel Wu pensait avoir consacré toute sa vie.

L’empereur le prit très mal et congédia Boddhidharma qui ne dut la vie sauve qu’au simple fait d’être le disciple de Prajnâdhara. Il se réfugia donc dans le plus fameux monastère de l’époque sous le nom chinois de Po Ti Ta Mo ou Tamo.

Ce monastère de la petite forêt (Shao Lin Shi en Chinois Sho Rin Ji en Japonais) situé à une vingtaine de Km. au nord-ouest de Deng Feng, non loin de Luo Yang, la capitale régionale du He Nan, avait été créé au premier siècle de notre ère par un certain Batuo, nommé le  » Premier Ancêtre  » et consacré en 496 par l’Empereur Xiaowen (Chao Wen) des Wei du Nord qui lui décerna le titre de  » Premier Monastère sous le Ciel « .

Il s’agissait donc d’un monastère déjà très connu avant l’arrivée de notre Illuminé. Celui-ci, suivant la tradition, en arrivant au monastère aurait simplement médité neuf années, immobile, devant un mur. Ce faisant il se mit à comprendre le langage des fourmis et découvrit la vérité. Il souhaita normalement transmettre les moyens de découvrir celle-ci à ses disciples chinois.

Le Dhyâna devint alors, suivant une nouvelle transcription chinoise, le Tian-Na, littéralement  » saisir, appréhender le Ciel « , puis Chan-na (Tchan Na) plus proche de la définition originelle indienne qui, à l’origine du mot, signifiait  » retrouver le centre ; agir centré « .

Bien plus tard, le Chan-na fut transcrit Zenna en Japonais classique, de même que Boddhidharma devint Daruma et Shaolin Shi fut transcrit Shorinji.

Originellement le Dhyâna sanscrit, le Chan-na ou Chan ou Tchan chinois et le Zenna, Zenno ou Zen japonais représentaient bel et bien la même doctrine, le même enseignement qui, au gré du temps, des écoles et des sectes (littéralement qui se séparent de la branche originelle) trouvera de multiples expressions souvent concurrentes sinon contradictoires.

Que se passa-t-il lorsque Boddhidharma (Potitamo, Tamo, Damo, Daruma… etc) voulut transmettre son enseignement aux bonzes chinois ?

La tradition, toujours-elle, affirme que ces bonzes, faméliques parce que mal nourris, ne pouvaient supporter l’immobilité que leur imposait la méditation. Boddhidharma se souvint alors de diverses formes gymniques, plus ou moins guerrières, qu’il avait étudié pendant son jeune âge sous la direction de son père. Ce dernier était, en effet, en sus de sa fonction de roi, un haut initié de la caste des Ksattriyâs et connaissait donc l’art du combat proche de ce qui est, actuellement, le Kalaripayat.

Il mit donc au point une méthode connue sous le nom évocateur de  « Nettoyage des muscles et des tendons, purification de la moelle et des sinus-quintessence ».

C’est le  » Yi Jing King Yi Sui Jing  » connue également sous les dénominations de Shi Ba Lo Han She (Shih Pa Lohan Sho), de I Chin Ching et de Ekkinkyo (Ekki Kin Kyo Jya) en Japonais.

Cette méthode mi-gymnique mi-martiale fit couler beaucoup d’encre puisqu’elle fut considérée par certains comme étant à l’origine même des diverses pratiques martiales réputées du Monastère de la Petite Forêt… donc de la plupart des Arts Martiaux Chinois (Wushu ou Kuoshu) et, ce faisant des origines profondes des Arts Martiaux (Bujutsu) Japonais.

De par ce simple fait il fut donc admis par de nombreux historiens, principalement japonais, que Daruma, donc Boddhidharma fut le créateur, ou du moins l’initiateur, des Arts Martiaux Chinois donc Japonais qui avaient un ancêtre commun qui était les Arts Martiaux Indiens…

Cette hypothèse est sympathique, mais semble néanmoins légèrement teintée du désir quelque peu japonais de minimiser l’influence chinoise. Or, il s’avère que les pratiques guerrières, ou martiales (Wu ou Bu représentant à la fois le guerrier et le brave qui s’oppose à l’usage des armes, donc de la violence) étaient amplement développées en Chine avant la venue de Boddhidharma.
Sunzi (Sun Tseu) dans ses  » Treize chapitres sur l’Art de la Guerre « , écrit pendant les Royaumes combattants, donc au quatrième siècle avant notre ère traite, par exemple, de l’Art du Poing (Quanfa ou Chuan Fa) et en conseille l’usage aux officiers… huit siècles avant la venue de l’Illuminé en Chine.

Les historiens japonais de la période nationaliste, sur lesquels se fondent ces affirmations pourtant toujours reprises ici et là, attribuent la paternité des Arts Martiaux à Boddhidharma… donc au courant bouddhiste. Cela permet, bien évidemment de passer sous silence les autres versions martiales issues d’une autre tradition.

Lorsqu’on sait que le Taijiquan (Tai Chi Chuan), le Bagua Zhang (Pa Kua Tchang), le Xingyi Quan (Hsing I Chuan) sont issus du courant Taoïste, cela permet de les passer sous silence et d’oublier leur ancêtre commun, le Daoyin, pourtant connu sous le nom de Do In en Japonais et au Japon, qui est également bien antérieur à la venue de Boddhidharma.

Il est vrai que l’équivalent des Arts Martiaux Internes (Nei Jia), donc d’origine taoïste, n’existait pas au Japon alors que les Arts Martiaux Externes (Wai Jia), donc d’origine bouddhistes, étaient fortement représentés au sein même des instituts militaires nippons.

Il y aurait beaucoup à dire, de même, sur cette fameuse gymnastique de Boddhidharma qui fut très longtemps considérée comme le pendant nécessaire à la méditation puisqu’on la désignait sous la dénomination de  » méditation debout  » littéralement Zhan Chan en Chinois (Ritsu Zen en Japonais) en complément, ou par opposition, à la  » méditation assise » littéralement Zuo Chan en Chinois (Za Zen en Japonais).

: fresques de Shaolin, moines, et le Boddhisattva* Vajrapani* (déité courroucée, i.e. active), le protecteur du monastère de Shaolin.

En effet, si le Za Zen (Zazen) est encore fort connu et pratiqué dans sa version japonaise, le Ritsu Zen et, à plus forte raison le Zhan Chan dans sa version chinoise est passé à la trappe.

Seul, ou peu s’en faut, Eugen Herrigel dans son  » Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc  » émet l’hypothèse que le Zen peut également se pratiquer et surtout se réaliser debout.

En ce qui est de Shaolin Shi, donc du fameux monastère de la petite forêt il y a également confusion savamment entretenue à dessein.

En effet, si le Monastère Shaolin du Songchan dans le He Nan, au Centre de la Chine, est bien celui qui a reçu la visite de Boddhidharma, il a existé, en réalité cinq monastères de Shaolin presque considérés comme des succursales en franchise, le second, fondé en 756, était situé à Quangzhou, sur la cote est.

 

: plan du monastère de Shaolin.

Le troisième, fondé en 1341, situé dans le sud prenait le nom de Honglong (Dragon rouge) tandis que le quatrième et le cinquième se situaient dans les environs de Putian (Fu Kien) et Chengdu.

Il s’avère que le monastère réputé pour les pratiques martiales telles que souvent décrites était non celui du Songchan mais celui de Quangzhou.

C’est dans ce monastère que prit naissance le mythe des fameux labyrinthes et du tatouage avec un tigre et un dragon ainsi que la création des  » Cinq Styles de Shaolin  » issus de cinq moines ayant échappé au massacre : Hung Gar, Li Gar, Choi Gar, Mo Gar, Liu Gar.

C’est donc principalement dans le monastère de Shaolin du Sud que prit place la tradition martiale qui, par le biais d’Okinawa, fut transmise au Japon.

Il y a encore quelques années le premier monastère, celui situé près de Luo Yang (Loyang) était totalement abandonné, fermé et envahi par les ronces, ayant subi une première destruction sous les Xing (Tsing) en 1744, un important incendie en 1928 et divers pillages pendant la révolution  » culturelle « .

A telle enseigne que les guides touristiques d’avant 1970 ne le signalaient même pas et dirigeaient les rares touristes vers le Monastère du Cheval Blanc (Bai Ma Si) de Luo Yang, alors considéré comme le haut du Bouddhisme…

Depuis, sous l’influence du tourisme martial, le monastère a retrouvé sa splendeur de jadis, recréée de toutes pièces avec ses bonzes pratiquants et ses patriarches  » professionnels  » qui motivent la venue de centaines d’autocars et la vente de souvenirs  » authentiques « .

D’ici quelques années on aura probablement retrouvé les fameux labyrinthes et les urnes remplies de charbons ardents nécessaires aux tatouages sur les avants bras…pour les personnes crédules.

http://www.tao-yin.com/archives/Shaolin_Di_Marco.htm

Il s’agit des archives de Georges Charles publiées de 1975 à 1983 et concernant les articles parus dans la presse dont une importante fresque historique, la première publiée hors de Chine, sur le Temple de Shaolin.

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