Le Tai Chi Chuan, style interne

Le Tai-chi-chuan ou tai chi ou taiji quan (chinois simplifié : 太极拳 ; chinois traditionnel : 太極拳 ; pinyin : tàijíquán; Wade : t'ai chi ch'üan ; cantonais Jyutping : taai gik kyun ; cantonais Yale : taaigihkkyùhn ; littéralement : « boxe du faîte suprême », également prononcé en japonais taikyoku ken) est un art martial chinois dit « interne » (neijia) souvent réduit à une gymnastique de santé. Il peut aussi comporter une dimension spirituelle. Il a pour objet le travail de l'énergie appelée chi.

On peut le traduire par: Boxe du Faîte ultime, Poing du Grand Faîte, Boxe de l'Ultime Sommet...

L'un des 3 Arts du Poing de l'Interne ('San Neijia Quan'), avec le Hsing I Chuan (Xingyiquan ou Poing de l'Unité du Corps et de l'Intention) et le Ba Gua Zhang (Pa Kua Chang ou Paume des 8 Trigrammes). C'est une pratique chevaleresque, 'martiale', provenant probablement du Mont Wudang, et dont on attribue la création à l'ermite taoïste Zhan Sanfeng (Chan San Feng), ou 'Maître des 3 pics', de la dynastie des 'Song' du Sud (1127-1279), qui ayant assisté au combat entre un échassier et un serpent eut, en songe, l'idée de créer une pratique où la souplesse et la lenteur l'emporterait sur la force et la rapidité, ou bien suivant l'adage typiquement taoïste: 'le doux enveloppe le dur', comme le Yin et le Yang s'entremêlent et se confondent.

Cette pratique originelle et originale put ensuite se transmettre (Clan) Chen...puis, par la suite, au sein des familles (Clans) Yang, Wu, Guo, Sun... qui apportèrent chacune des particularités que l'on retrouve de nos jours.

Le Taijiquan est don un terme générique désignant des pratiques souvent fort différentes, plus ou moins axées sur des pratiques de combat, de santé, d'éveil ou de bien-être...ceci à la fois ou séparément. Chacune de ces familles (Clans), de plus, entretient par le biais de ses représentants plus ou moins officiels, et bénéficiant d'une transmission de père en fils (clans familiaux), de maître à disciple (écoles tradtionnelles), de professeur à élève (clubs), d'entraîneur à compétiteur (fédération sportive) ou de fournisseur à client (salles sportives...ou vidéo), sinon d'auteur à lecteur (livres et articles), des formes très multiples et très diverses, longues, moyennes ou courtes, anciennes, tradtionnelles ou modernes, classiques, de synthèse ou simplifiées..., sinon originelles, secrètes ou explosives. Autant de formes que d'enseignants et d'élèves...

: démonstration de Sifu Dr Yang Jwing Ming, sur les techniques de Chin Na (saisies et luxations) et le Fa jing: l'explosivité, démontrant ainsi le côté réellement martial du Tai Chi Chuan de combat. Ceci nécessite bien sûr, des années de maîtrise du flot du Chi cultivé, accumulé et projeté, à partir de 2 mns 20.

Le Taijiquan peut être pratiqué en solo,  à mains nues ou avec une épée (Taijijian) [cf. 'jian' *: lexique], un sabre (Taijidao), un bâton (Taijigun), et même un éventail (Taijishan), et à 2, dans des exercices de poussées des mains (Toueishou) ou des applications (Sanshou).

Le tai-chi-chuan en tant qu'art martial interne insiste sur le développement d'une force souple et dynamique appelée jing (ou 'raffinement' du Chi: 劲), par opposition à la force physique pure li (力).

Une des règles du tai-chi-chuan est le relâchement song (). Ce relâchement garantit la fluidité des mouvements et leur coordination. Une fois la relaxation song installée, le pratiquant va développer le pengjing, force interne consistant à relier chaque partie du corps en restant relaxé. Selon un dicton : « Une partie bouge, tout le corps bouge ; une partie s'arrête, tout le corps s'arrête ». Le pengjing est la force caractéristique du tai-chi-chuan ; on peut lui trouver une analogie avec une boule élastique. Frappez la boule et votre coup sera retourné contre vous. Plus simplement, le tai-chi-chuan contrôle les mouvements en exerçant des forces tangentielles ou de rotation.

Lors des frappes, l'énergie est tout d'abord concentrée dans le dantian inférieur (下丹田), qui est un des centres fondamentaux du qi (aussi connu sous la désignation hindouiste « second chakra »). Puis elle est libérée, accompagnée d'une onde de choc propagée par l'ondulation des articulations du pratiquant, tel un fouet. On appelle cette action faire jaillir la force, ou fajing (发劲).

: Dr Ming, Fa Jing avec partenaire.

Le tai-chi-chuan porte une attention particulière à l'enracinement. L'énergie doit aussi s'élancer des « racines » que constituent les pieds, puisque ce sont généralement eux qui, dans la majorité des cas, vont amorcer le coup que transmettra la main, ou tout autre partie frappante. On dit parfois, « le pied donne le coup, la hanche dirige et la main transmet ». L'énergie provient des pieds, puis elle est dirigée par la taille avant d'être transmise par les mains.

Le tai-chi-chuan peut aussi être vu comme un qigong. Il implique un travail sur le souffle et non sur la force brute. C'est pourquoi l'entraînement est tout d'abord exécuté lentement pour sentir les flux du souffle qi, en vue d'exercices d'alchimie interne plus approfondis. Le centre de gravité et la respiration doivent être amenés au niveau de l'abdomen, au dantian inférieur.

Les exercices de poussées de mains permettent d'appliquer les principes du tai-chi-chuan avec un partenaire, et ceci de manière progressive. Ils développent la sensibilité du pratiquant et ainsi sa capacité à transformer une action de l'adversaire à son avantage. Ils sont un prélude au combat libre sanshou.

Les applications peuvent être exécutées de différentes manières :

  • des coups frappés aussi bien avec les pieds ou les genoux que les mains ou les coudes ;

  • des chin-na (擒拿), qui sont en fait des clefs que l'on retrouve en aïkido ou en ju-jitsu ;

  • des pressions sur les cavités pour provoquer des blocages respiratoires ou sanguins ;

  • des pressions sur les points d'acupuncture qui peuvent gêner la course de l'énergie vitale et entraîner des troubles de l'organisme (état mental, destruction des organes internes, K.O., voire la mort). Il s'agit du plus haut degré de maîtrise.

Le tai-chi-chuan se pratique généralement à mains nues, mais il existe des formes de tai-chi avec éventail, poignard, épée, bâton, sabre, que le pratiquant pourra apprendre après quelques années d'expérience.

La position des jambes, primordiale, accompagne tous les mouvements. Le tai-chi-chuan en utilise trois principales qui sont le pas du cavalier mǎbù (马步), le pas de l'arc gōngbù (弓步) et le pas vide xūbù (虚步). Les pas s'exécutent de manière plus ou moins accentués selon les styles. Les déplacements restent axés sur huit directions principales, équivalentes à celles de la rose des vents, issues du taiji et des huit trigrammes.

Le tai-chi-chuan comme pratique de combat utilise huit techniques principales, qui sont appuyer an () ; cueillir cai () ; presser ji () ; heurter kao () ; séparer lie () ; tirer lu () ; parer et projeter peng () ; le coup de coude zhou ().

Outre la frappe du coude, le tai-chi-chuan utilise la frappe avec le poing détendu et la frappe avec l'index replié et soutenu par le pouce. Les pieds infligent le coup de talon, le fouet de la pointe du pied, et les coups de pied circulaire vers l'extérieur ou l'intérieur. Le genou frappe également. Il existe aussi des techniques de frappe avec la paume et les doigts (en forme de pique).

Daoyinfa-Taolu-Tuishou-Sanshou:

En dehors de l'apprentissage des mouvements, postures et respirations, la pratique du tai-chi-chuan comprend des exercices d'assouplissement et de relâchement des muscles et des articulations, destinés à favoriser la circulation du qi et appelés daoyin fa (導引法) ; littéralement technique (fa) pour entretenir (yin) la voie (dao). Il existe également des exercices nommés yiyin fa (一引法), qui consistent en des mouvements visant à développer la sensation de coordination entre les jambes, le bassin, la colonne vertébrale et les bras qui donnent au tai-chi-chuan son efficacité martiale.

L'enchaînement proprement dit se nomme taolu (套路), encore nommé gongjia (功家) ; perfectionnement du style. Il peut être pratiqué à trois vitesses ; une fois à vitesse normale pour corriger les mouvements, une seconde fois un peu plus rapidement pour habituer le corps à l'unité dynamique du début à la fin, et une troisième fois lentement, comme une phase méditative, pour travailler la circulation du qi.

Les exercices à deux se nomment : tuishou (推手), qui consiste à apprendre à sentir la force et les mouvements d'autrui en poussant puis absorbant, avec les mains comme point de contact ; et sanshou (散手), forme de combat libre qui met en application les mouvements du tai-chi-chuan.

Baduanjin

Les baduanjin (八段錦), huit pièces de brocart, sont une série d'exercices de qigong utilisés dans certaines écoles pour préparer le corps à la pratique du tai-chi-chuan. Le but est d'ouvrir les trois portes (三关, sānguān), c’est-à-dire dénouer les épaules, la taille et les hanches afin de faciliter la circulation du qi. Popularisés par le général Yue Fei au XIIe siècle pour entretenir ses troupes, ils évoquent le brocart, longue étoffe de soie brodée portée par les nobles, et symbole de bonne santé. Ils enchaînent huit mouvements aux noms évocateurs : soutenir le ciel par les mains, bander l'arc et viser l'aigle, séparer le ciel et la terre, la chouette regarde vers l'arrière, l'ours se balance, toucher les pieds des deux mains, serrer les poings, ébranler la colonne de jade. Les premières traces écrites de ces exercices peuvent se retrouver dans des textes de l'époque Song, le Dao Shu (道枢) et le Yijian Zhi (夷堅志).

Grand enchaînement

Le grand enchaînement ou « forme longue » se compose de 75 à 108 mouvements (selon la façon de les décompter des différentes écoles) correspondant à une ou plusieurs applications martiales. Il s'exécute lentement et vise à développer une forme de corps particulière. Il doit s'exécuter dans le respect des grands principes théoriques du taijiquan (port de tête, détente de la poitrine, des aines et de la taille, poids dans les coudes et les épaules, coordinations, intention, vide et plein, fluidité, calme, etc.).

Le style Chen comporte en sus un enchaînement plus court et plus rapide incluant de nombreux mouvements explosifs, les poings canons.

Tuishou

Le tuishou (推手) est la forme principale de travail à deux du tai-chi-chuan. Son but est d'apprendre à « écouter » le partenaire, à comprendre la force qu'il exerce, puis à la transformer à son avantage. Les bras doivent toujours rester en contact et s'adapter aux mouvements du partenaire. Il peut prendre des formes codifiées à pas fixes ou pas mobiles ou des formes libres qui ne sont pas sans évoquer la lutte, notamment en Chine.

Les armes

La pratique des armes (bīngqì, 兵器) fait partie de la grande tradition du tai-chi-chuan. Pour chaque arme, on étudie un enchaînement fondamental. Voici une liste d'armes utilisées dans les tai-chi d'armes :

  • la lance, taiji qiang (太极枪 / 太極槍, tàijí qiāng) ;

  • le sabre, taiji dao (太极刀 / 太極刀, tàijí dāo) ;

  • le double sabre, taiji shuangdao (太极双刀 / 太極双刀, tàijí shuāng dāo)

  • l'épée, taiji jian (太极剑, tàijí jiàn) ;

  • la hallebarde chinoise, taiji ji (太极戟 / 太極戟, tàijí jǐ) ;

  • l'éventail, taiji shan (太极扇 / 太極扇, tàijí shàn). Forme de création moderne, pour la santé ;

  • le bâton, taiji gun (太极棍 / 太極棍, tàijí gùn) ;

  • le bâton court, taiji duan gun (太极短棍 / 太極短棍, tàijí duǎn gùn) ;

  • le double bâton (太极双棍 / 太極双棍, tàijí shuāng gùn) ;

  • la masse ;

  • la perche ;

  • les serpes ;

  • les poignards forme moderne ;

  • la canne forme moderne.

Intérêt médical

Le tai-chi-chuan a été testé et s'avère efficace sur les symptômes de plusieurs maladies, même si un effet placebo ne peut être exclu du fait de l'absence de comparaison en aveugle. C'est le cas pour la fibromyalgie, pour la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose du genou, ainsi que dans la maladie de Parkinson et dans la lutte contre la douleur. Il est également associé à la longévité. Le pratiquant de Bagua Zhang et de Taji Quan nommé Lu Zijian a vécu jusqu'à 118 ans et a pratiqué jusqu'à l'âge de 116 ans. D'autres pratiquants de cet art sont très âgés, parfois centenaires, comme Li Zi Ming et Wu tunan.

Sources: article: Tai chi Chuan, wikipédia; Sifu Georges Charles (cf. la page de notre site qui lui est consacrée): site web: TaoYin.fr, et son Livre-Trésor: Le Rituel du Dragon, dont vous retrouverez la photo de couverture en page d'accueil.

<--- Page Précédente   |   Haut   |   Page Suivante --->