Le «Sappô» et le «Kappô»: marque des Koryu

Les techniques martiales et de soins traditionnels:

Depuis l’Inde, en passant par la Chine, tout le Sud-Est asiatique, enfin au Japon, les arts martiaux se sont répandus, transformés (chacun pays y a apporté sa touche originale) et améliorés au fil des siècles.
De même en Occident, nous gardons des traditions martiales (dans les salles de Maître d’armes, qui hélas, se font de plus en plus rares), même, s’il est vrai, plus confidentielles, avec par exemple: la Canne, la Boxe française, l’art des lames: épée (à une ou deux mains), sabre, fleuret, rapière, la masse d’armes, la hache, la lance, la hallebarde, etc.

Ce fut mon maître, Henry Plée, (page qui lui est consacrée dans ce site) sur lequel nous reviendrons largement dans la partie consacrée aux “Personnalités remarquables des Arts Martiaux”), qui m’ouvrit, comme à beaucoup de pratiquants, les yeux sur le fait qu’il existe deux faces d’une même pièce. En effet, Me Plée (dans ses 2 ouvrages: “L’art sublime et ultime des points vitaux" et "de vie”) parle du “Sappo”, qui représente les techniques martiales (champ de bataille, à l’époque), et le “Kappo” (“sauver”: la partie soins et réanimation), ce savoir ayant été élaboré durant la période dite: des “Guerriers combattants” (environ de 710 à 1584).

: Samurais en Yoroi*: armure traditionnelle.

C’est une des grandes différences d’avec les Budo modernes, qui ont abandonné ces deux disciplines, à la fois historiquement et à dessein.

Souvenons-nous d’abord de la chronologie des événements des années qui précédèrent la Restauration Meiji, en 1868. Il n’est que de se remémorer les images "fortes" du film “Le Dernier Samourai”, dans cet extrait:

pour comprendre le désarroi de ceux-ci, et leur incompréhension face, à la fois à l’interdiction de porter les deux sabres, et l’ouverture gigantesque que prônait l’Empereur et ses conseillers, vis-à-vis de l’Occident, et des techniques de guerre modernes.

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Peu de gens savent que le dernier samouraï n'était autre qu'un français, Jules Brunet, dont l'histoire a notamment inspiré le film "Le Dernier Samouraï" sorti en 2003 avec pour acteur principal Tom Cruise. Jules Brunet était un polytechnicien spécialisé en artillerie, qui servira en premier lieu dans l'expédition française au Mexique (1861-1867). Il reçoit alors la Légion d'honneur en reconnaissance de ses capacités militaires, et est rapidement promu dans la garde impériale. En Novembre 1866, il est choisi pour faire parti d'une mission envoyée au Japon sous les ordres de Jules Chanoine, ayant pour but de former l'armée du Shogun Yoshinobu Tokugawa.

Yoshinobu Tokugawa souhaite moderniser le Japon, il estime que le retard de la nation est important. Mais il doit faire face à des rebellions, les Japonais jugeant que les accords passés en règle générale avec les puissances occidentales sont inégaux et favorisent l'occident. La France soutient le Shogun face à ces révoltes, aide le Japon à s'industrialiser, et fait face à la communauté internationale en faveur du Japon, qui suite à l'attaque de certains comptoirs occidentaux est en mauvaise position diplomatique. C'est dans ce contexte que Jules Brunet participe à la formation de l'armée du Shogun à partir de Janvier 1866 et acquiert rapidement le respect des Japonais. Il a l'esprit vif, est très respectueux et admiratif de la culture Nippone, et a un grand intérêt pour l'art et l'écriture (il est réputé très bon dessinateur et écrivain). En Novembre Yoshinobu Tokugawa abandonne le Shogunat, et le jeune empereur Meiji prend la succession (connu en occident sous le nom de Mutsuhito), après plus de 600 ans de Shogunat (gouvernement militaire) sans empereur, car Yoshinobu Tokugawa souhaite la mise en place d'un conseil composé des différents daimyos (seigneurs locaux). Mais le 3 Janvier 1868, les impérialistes prennent le pouvoir et rétablissent le fonctionnement monarchique, heureux du retour de l'empereur, ne souhaitant pas que celui-ci soit influencé, et ne voulant pas
de Yoshinobu comme président du conseil. Les rebelles réalisent un faux arrêté impérial les autorisant à user de la force face à Yoshinobu Tokugawa, et le destituent de ses terres et possessions, en prenant garde à ce qu'aucun sympathisant ne puisse  s'interposer. Les samouraïs de Tokugawa le prient de prendre les armes, c'est le début de la guerre de Boshin.
Malgré la supériorité numérique des armées du Shogun, l'armée impériale disperse les forces de Tokugawa Yoshinobu, grâce à leurs importantes avancées en armement moderne. Léon Roches, ambassadeur français, souhaite une revanche de Yoshinobu dont les hommes sont toujours formés par la mission française, mais ce dernier refuse et capitule le 27 Avril à Edo lorsqu'il constate que les rebelles se battent tous avec des bannières de l'empereur. La France a alors un devoir de neutralité face à ces événements, la mission Chanoine est terminée et les Français sont priés de quitter le territoire.

: Jules Brunet & la mission française au Japon commandée par le capitaine Chanoine: Jules Brunet_Mission francaise au Japon_Capitaine Chanoine debout au centre_Jules Brunet est assis juste à la gauche du capitaine.

Mais Brunet refuse, son honneur lui dicte de rester fidèle aux samouraïs qu'il a formé, au Shogun et à leur souhaits pour l'avenir du Japon. La France ne soutient pas officiellement cette décision, et décide de donner à Brunet un congé sans solde d'un an, durant lequel il n'est plus qu'un simple étranger. Il est cependant soutenu, par Roches qui continue de défendre la bonne volonté de Yoshinobu auprès de l'empereur, et par huit officiers français qui viendront rejoindre Brunet au Japon. Grâce à l'artillerie, l'empire contrôle à présent toute l'île principale du Japon (Honshu) et le Shogun se retire et prend avec Brunet le contrôle de l'île de Hokkaido en créant la république d'Ezo sous la direction de Takeaki Enamoto, Tokugawa Yoshinobu s'étant retiré. Brunet continue l'instruction de l'armée du Shogun, et organise avec Roches la défense de l'île qui est prise d'assaut le 30 juin 1868. Mais l'armée du Shogun est à présent composée de plus de trois fois moins de soldats. La résistance est héroïque, mais Brunet et les hommes du Shogun sont battus en mai 1869, avec lors du dernier combat 800 hommes face à 10000 impériaux. Les officiers français sont rapatriés. Brunet est alors suspendu pour ingérence dans les affaires d'un pays étranger, mais la torture étant courante au Japon à l'époque, la France refuse néanmoins de le rendre aux autorités Japonaises. Certains penseront que Brunet a été définitivement révoqué. En réalité la France lui demandera d'être discret, et ses actes ne seront pas réellement condamnés au delà de l'apparente sanction validée par Napoléon III. Alors que le Japon s'estime satisfait de la sanction, Brunet est discrètement placé directeur adjoint d'une manufacture d'armes. Après quelques années, Brunet poursuivra ses actions militaires en tant que capitaine du 8ème régiment d'artillerie lors de la guerre franco-allemande, deviendra officier de la légion d'honneur, et poursuivra un cursus militaire des plus honorables en devenant commandeur de la légion d'honneur et en finissant sa carrière en tant que général.

En 1895, le Japon honorera Brunet en se souvenant de lui, en tant que samouraï qui aura fait face à la modernisation de la nouvelle armée impériale, et lui donnera le grade de Grand officier du Trésor sacré du Mikado.

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Si l’on s’en tient à la période de temps indiquée par Me Plée: depuis environ 710 ap. J.-C. à 1584, on se rappellera que cette date de fin intervient juste avant l’établissement par la Lignée des Shogun Tokugawa, le premier tentant d’instaurer la paix, à partir de 1603.

Le terme “Shogun” est intéressant, car il nous permet de prendre des points de repère, durant ce laps de temps. Le terme shogun (ou shogoun), du japonais shōgun ( 将軍 ), signifie « général » ; c’est l’abréviation de seiitaishōgun ( 征夷大将軍 ), que l’on peut traduire par « grand général pacificateur des barbares ». Néanmoins, après qu’il fut attribué à Minamoto no Yoritomo, il devint un titre héréditaire de la lignée Minamoto, indiquant le dirigeant de facto du Japon(dictateur militaire), alors même que l’empereur restait le dirigeant de jure (en quelque sorte le gardien des traditions). Le titre de Seii Taishogun fut par la suite abandonné lors de la constitution au XIXe siècle du kazoku, c’est-à-dire de la noblesse japonaise.

En 1192, Yoritomo reçut le titre de Seii Taishōgun par l’empereur, et le système politique qu’il développa par la succession des différents shoguns devint connu sous le nom de bakufu *(幕府), ou shogunat. À partir de ce moment-là, tous les shoguns furent par tradition des Minamoto, et le titre se transmit de génération en génération aux descendants les plus âgés.

Les historiens s’accordent donc à dire que l’histoire du Shogunat au Japon se divise en deux périodes: Seii Taishōgun de l’Époque de Heian (794-1185) et Seii Taishōgun de la période féodale (1185-1868).

Ceci recouvre le temps durant lequel les Koryu furent créées, souvent à l’issue des grandes batailles ou duels, par des experts possédant l’intuition, la compréhension et l’habileté, qui produiront ces techniques si particulières et efficaces.

Le Sappô

Le Sappô (aussi appelé kyûshô, cf. cette table ci-dessous sur les points vitaux: dim hsueh: touches poison, dim mak ( cf. page consacrée au ‘Close-combat moderne en Occident‘ de ce site):touches mortelles) est l’art martial japonais des points vitaux. En effet, en touchant certains points sur un corps humain, il est possible de causer des dommages, mais aussi de soigner et guérir des blessures.

: Points vitaux-Kyusho &Table des méridiens d'acupuncture chinoise.

Astuce/Tip: le zoom est possible: clic système: Ctrl + mollette de la souris.

Cet art a longtemps été mystifié et n’était transmis qu’à une élite. C’est depuis la Seconde Guerre mondiale qu’il est devenu connu. En effet, l’État-Major nippon avait mis sur pied, en créant le Centre National de Recherches sur les Techniques Guerrières Ancestrales, un projet sur les points vitaux servant à améliorer le ju jutsu (ou close combat, en occident) de son infanterie et s’apprenant rapidement (une à deux semaines). Pour ce faire, ils ont demandé (selon leur optique, au nom de l’intérêt national) les planches ancestrales et secrètes de 36 écoles (ryus) japonaises et chinoises d’arts martiaux. Mais on est en droit de penser, que cela a plutôt pris la forme d’une obligation de transmission, les japonais étant, d’une part nationalistes, en général, et d’autre part, les dojos des Ecoles anciennes, Koryu, dont les maîtres n’ont pas « coopéré », ont été, pour beaucoup, exécuté sur place par l’armée japonaise…d’après les témoignages restants. On comprendra que les anciens soldats ne souhaitaient pas s’épancher sur le sujet…

Pour les techniques du Sappô, dont Me Plée, nous révèle l’existence, des recherches plus récentes ont été menées par le groupe de Georges Dillman sur les points vitaux, dont les travaux sont un aboutissement de plus de 50 années de recherche, selon Jean-Paul Bindel, formé par lui. On se reportera à la page consacrée à Georges Dillman, dans la catégories des « Personnalités marquantes des arts martiaux».

L’art de guérir ou de réanimer en utilisant ces points vitaux s’appelle, quant à lui, Kappô.

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