Le Battodô: la coupe au katana

UNE PRATIQUE COMPLEMENTAIRE AU IAIDO : LE « BATTO-DO » (coupe)

Le Battodo est la voie ou plutôt l’art complexe de couper à l’aide d’un sabre réel japonais ou Katana.

C’est une discipline très technique, complète et authentique, en plus de son côté hautement philosophique et traditionnel, mais elle n’est accessible qu’aux personnes possédant déjà un certain niveau technique dans l’utilisation du Katana et du Wakizashi, ou sabre court.

Ce niveau technique minimum s’obtient par la pratique intensive et parallèle durant plusieurs années du Iaïdo, du Kenjutsu et du Kendo au sein du Dojo. Pratique stricte et répétitive mais qui permet d’obtenir la maîtrise parfaite du corps, de l’esprit, du Ki ou énergie et enfin des sabres.

Jean-Pierre Reniez

: Jean-Pierre Reniez: 7e dan kyoshi en jodo mais  il est aussi 8e dan Hanshi de battodo, 6e dan renshi de kendo, et 5e dan de iaido. En 2012, Jean-Pierre Réniez Sensei reçut le Menkyo de Shindo Muso Ryu Jojutsu.

La pratique technique consiste en un travail à deux au sabre d’entraînement en bois, sous forme de Kata ou Kata Geïko, puis d’exercices de coupes réelles seul comme à deux ce, assis sur les genoux ou Seiza, assis en tailleur ou Taté Hiza et enfin debout en Tatchi Waza, les coupes peuvent s’effectuer également sur place comme en déplacement, avec un ou deux sabres, généralement un grand et un petit.

Le Battodo sert à tester « in situ » ses techniques de coupe et de pique sur différents matériaux fixés par la tradition : des bottes de paille, des bambous, des dessus de Tatami japonais roulés et des Tatami eux-mêmes, etc.

Enfin la possession de son propre sabre réel, en parfait état et correctement affûté est indispensable pour la pratique, ce qui est malheureusement l’un des grands freins au développement de la discipline dans l’Hexagone tout comme l’absence d’enseignants qualifiés. Pour notre part au Shobukan Dojo nous avons plusieurs enseignants de haut niveau et le Dojo possède et prête, pour les tous débuts dans le Battodo, quelques sabres.

Mais il est vrai que, depuis peu, suite à la création d’une série de Kihon, facilitant l’approche de la discipline, la pratique est ouverte également aux débutants complets.

Pour plus de renseignement : http://www.battodo.com

: NAKAMURA Taizaburo Senseï, Soke (Nakamura ryu), SoShihan (All Japan Toyama Ryu Renmei), Hanshi 10ème Dan (Battodo), Hanshi 8ème Dan (Kendo-IMAF), Kyoshi 7ème Dan (Kendo-All Japan Kendo Renmei), Hanshi 8ème Dan (All Japan Jukendo Renmei), Hanshi 8ème Dan in Tankendo (AJJF), 4ème dan (All Japan Kyudo Renmei), 3ème dan (pre-war Judo association), Hanshi (calligraphie japonaise).

Le Seitei Toho Batto Do, école de coupe fondée par KATO Shinji 9ème dan Hanshi, s’inspire du duel au sabre entre combattants de même niveau technique. La cible s’aborde comme un adversaire.

Le Kata s’appuie, en premier lieu, sur une longue pratique, d’abord à deux, puis seul dans le même esprit sévères et très strictes.

Distance, disponibilité du corps et de l’esprit, rythme, anticipation, vigilance, présence sont autant de qualités à développer et a mettre en oeuvre.

Le Seitei toho batto do se divise en quatre niveaux d’étude comprenant chacun cinq Kata. Chacun d’entre eux correspond à une situation de combat particulière telle qu’on peut l’imaginer en Iaido ou Kenjitsu. A partir de cette idée, il est impossible de scinder le Seitei toho batto do des autres disciplines complémentaires telles le Iaido et le Kenjitsu qui apportent les connaissances indispensables à la pratique plus large de l’escrime japonaise traditionnelle. Nous rappelons donc que le but n’est pas prioritairement de trancher. La coupe doit être la résultante d’un ensemble de facteurs et ne prend son sens que dans la globalité de la technique.

Les trois premiers niveaux, SHODEN, niveau de base, CHUDEN, niveau intermédiaire, OKUDEN, niveau supérieur se pratiquent seul face à une cible. Seul le dernier Kata d’Okuden requiert deux adversaires et donc deux cibles.

Le quatrième niveau, KUMI TACHI, est la mise en confrontation de deux partenaires sur une même cible. En conséquence, il demande d’être hautement expérimenté, les sabres passant relativement près de chacun des pratiquants. Le rythme dans la coupe et le contrôle du sabre sont fondamentaux pour pouvoir travailler dans un climat de sérénité et de sécurité totales. Dans ce cas de figure, un Kiaï accompagne les actions. Nous recommandons vivement de ne pas tenter ce type de travail sans avoir pratiqué longuement les autres niveaux sous l’attention d’un professeur expérimenté.

A ces quatre niveaux se rajoutent deux formes de coupe :

La première nommée SHINCHOKUGIRI, consiste en une coupe verticale sur des cibles placées horizontalement. Ce type de coupe verticale diffère largement du Suemonogiri par le fait qu’il s’inspire là encore d’une situation de combat et que la cible est la représentation d’un adversaire.


La deuxième, TSUYUBARAI, est un Kata à l’esprit très particulier, étant un rituel visant à chasser les éléments maléfiques dans un lieu destiné à des cérémonies.

 

Tameshigiri

Le tameshigiri (s’écrivant plus justement tameshi giri, signifiant « test de coupe », appelé aussi parfois kiridameshi) consiste à tester l’efficacité d’un sabre. Très pratiqué pendant la période Edo (1600-1868), les tests étaient effectués essentiellement pour les katanas et wakizashis, et étaient souvent menés à bien par des samouraïs désignés par leur daimyo. Ainsi soit le samouraï testait sa future lame, soit il testait les katanas destinés aux troupes de leur seigneur. Ces tests étaient en général effectués sur des humains. Que ce soit sur des ennemis d’un camp adverse, ou même sur un passant (pratique nommée le Tsugi Giri, soit « trancher à la croisée des chemins »), la pratique la plus courante consistait néanmoins à utiliser le sabre sur des condamnés à mort ou des criminels, qui avaient été préalablement décapités (bien que ce n’était pas toujours le cas). Yamano Kaemon, Yamano Kanjuro et Yamada Asaemon, étaient des testeurs très compétents qui avaient été embauchés par le gouvernement. Les bourreaux pouvaient alors tester leur armes selon différents angles de coupe :

Tameshigiri

: Termes utilisés à partir de la période Edo (pour leur signification, visitez le site lebujutsu.net)

Souvent, on notait ensuite sur la soie de la lame (nakago) le nombre de corps coupés en faisant des traits de lime sur l’acier, ou en notant entièrement la date, le nom du testeur, et les résultats de coupe, respectivement en 3 colonnes. C’est ce qu’on appelle le tameshi-mei. « Futatsu do otosu » (à coupé deux troncs), signifiait par exemple que le katana avait pu couper deux troncs superposés. Couramment les katanas obtenaient un score de deux ou trois corps, ainsi que quelques centimètres (qui donc étaient mesurés) dans la bute de sable sur laquelle étaient posés les corps.

Tameshi-mei

:Tameshi-mei par Yamano Nagahisa incrusté d’or comme c’était souvent le cas pendant la période Edo

Pour réaliser ces tests de coupe, on plaçait le ou les cadavre sur ce fameux monticule d’environ 30cm (dodan), et on maintenait le tout au moyen de quatre bambous (hasamitake). Le test se réalisait avec un « kirizuka » manche spécialement prévu, qui permettait grâce à sa longueur, ajustée en fonction de l’arme, de tester même les tanto en ajoutant un poids à l’ensemble. Il était dit que la coupe la plus difficile, était celle allant d’une épaule à l’autre.

Il arrivait que le forgeron vienne assister aux tests habillé d’un kimono cérémonial blanc, pour se faire seppuku en cas d’échecs. Évidemment seuls les forgerons très sûr et fiers de leurs techniques de forge étaient prêt à aller jusque là, et cela restait donc très rare. Ces tests avaient une grande influence sur le prix final des sabres, et même si l’ère Edo était une période de paix, on était très fier de porter un wazamono, ou sabre très coupant. Ainsi, le livre Kaiho Kenjaku, écrit en 1815 par Yamada Asaemon Yoshitoshi, fait un classement de 180 lames avec lesquelles l’auteur (engagé par les Tokugawa) a pu faire des tests de coupe. Évidemment, ce livre ne contient donc qu’une petite partie des lames testées, et ne semble d’ailleurs pas contenir de sabre Kotō très anciens (sabres de la période précédent). En tête du classement, les Saijo O-wazamono, avec seulement quatorze forgerons. En voici un signé Hishu ju Tadayoshi :

Saijo O-wazamono

: Saijo O-wazamono de Hishu ju Tadayoshi

Viennent ensuite les O-wazamono (qualité excellente) avec vingt et un forgerons, les Ryo-wazamono (très bon) avec cinquante forgerons, et les Wazamono (bon) avec quatre-vingt forgerons. Toutes ces lames sont encore aujourd’hui considérées comme faisant partie des plus grands sabres réalisés dans toute l’histoire du Japon.

De nos jours ces tests de coupe sont effectués sur des bottes de paille de riz (ou plus occasionnellement sur des bottes de roseaux) pour représenter la consistance de la peau, que l’on renforce éventuellement avec une tige de bambou au centre pour imiter le cou humain ou l’os. Le plus classique reste la botte de paille de riz sans bambou, car le bambou ne peut s’attaquer efficacement qu’à 45°. Ces tests ont surtout pour but de tester les mouvements et techniques du pratiquants, et non plus la qualité de la lame. Pour cette raison on parle parfois de Shito ou Shizan plutôt que de Tameshigiri, pour mieux faire la distinction. Ces coupes sont faites selon les huit directions habituelles (Happo giri), voici un échantillon de ce qui peut être fait en tameshigiri :

Pour une frappe rapide et donc plus efficace, il faut avoir les bras et les épaules détendues, ainsi qu’une position stable. Il est aussi recommandé de faire un mouvement de torsion (Shibori) avec ses mains (comme lorsque vous essorez quelque chose) ceci dans le but de donner de la force en contractant vos muscles, et de stabiliser la lame pour qu’elle reste droite au moment de l’impact. Dans le même but qu’un coup en boxe (donner de l’inertie), il faut savoir utiliser le mouvement de rotation du corps ainsi que les hanches, technique par ailleurs étudiée en Iaï (Iaigoshi). Le déplacement du corps est lui aussi important en fonction des techniques, et le coup doit ensuite être appuyé (Kime). 

Il ne pas confondre le tameshigiri avec le battōdō : le battōdō est, au même titre que l’iaidō par exemple, un des enseignements dans la maîtrise du sabre japonais, qui était enseigne dans les koryu (écoles anciennes). C’est donc un art martial composé de kata (mouvements), souvent pratiqué conjointement avec l’iaidō, le kendo, ou le kenjutsu. Il faut néanmoins savoir qu’on discerne trop souvent le tameshigiri des autres pratiques, alors que l’iaidō contient des mouvements de tameshigiri, et que certains grands maîtres tel que Nakatyama Hakudo, ont toujours insisté sur le fait que le tameshigiri devrait être pratiqué une fois avoir atteint un très bon niveau en iaidō. En France le terme battōdō est très utilisé et une grande différence de sens y est apportée, à juste titre, puisqu’il ne faut pas oublier qu’initialement et historiquement, le tameshigiri avait pour but de tester la lame (jusqu’au 20ème siècle du moins), alors que le battōdō se focalise sur le pratiquant et non la lame, et était pratiqué en école.

Sources: artkatana.com; shobukan-dojo.com; wikipédia: articles: Batto Do & Tameshigiri. Consultés le 28/03/2019.

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