Le Bagua Zhang, style interne-2

Le ba gua zhang ou baguazhang (八卦掌; pinyin: bāguàzhǎng) ou littéralement « paume des huit trigrammes » est un art martial chinois traditionnel, dit « interne » (neijia), originaire du nord de la Chine (changquan).

Le Bagua zhang est un style qui utilise surtout des déplacements circulaires Le pratiquant se déplace en suivant un cercle imaginaire sur le sol, en croisant et décroisant les jambes, tout en effectuant des mouvements de bras circulaires, selon un rythme fluide et continu. Le style aurait été créé au XVIIIè siècle mais le nom du fondateur est inconnu. Le premier grand maître incontestable du Bagua zhang fut Tong Hai-Tch’ouan, qui vécut au XIXè siècle. Le terme Bagua signifie Huit Trigrammes et il fait directement référence aux figures (trigrammes et hexagrammes) du fameux classique chinois, ‘le Yi-king ou Livre des Mutations’. Le terme zhang signifie la paume car, dans ce style, la main ouverte est beaucoup plus utilisée que le poing fermé. Comme pour le Taiji quan, il existe aujourd’hui plusieurs styles différents de Bagua zhang.

Sinogrammes : 八卦掌, hànyǔ pīnyīn : le Bāguàzhǎng appartient à la famille des arts ou styles dits « internes », nei jia quan. C’est une boxe originaire du nord, liée mythologiquement aux montagnes Wudang. Dans cette famille des arts internes à laquelle appartient le Ba Gua Zhang, on trouve aussi, pour ne citer que les plus connus, le Hsing I Ch’uan et le Taiji quan.

Les bases du Bagua s’illustrent par l’observation des phénomènes astronomiques de révolution, de rotation et de pivot. Dans les mouvements de base du Bagua, on marche en tournant autour d’un point, comme la terre tourne autour du soleil. La terre effectue simultanément une révolution autour du soleil et une rotation sur elle-même. Pour conserver cette image, le changement de la paume en Bagua établit le même rapport qu’entre la terre et le soleil.

 

Recherchant de la décontraction et la fluidité dans le geste (avec une préférence manifeste pour l’utilisation de l’énergie et un refus de la force physique) comme beaucoup d’autres styles chinois, le Bagua zhang (ou Pakua chang) se distingue par l’utilisation marquée de la paume de main (c’est-à-dire de la main ouverte, de préférence au poing) et par des déplacement circulaires, des rotations.
Comme les autres arts internes, le Ba Gua Zhang est à la fois un art martial fondé sur une stratégie du combat originale (une stratégie du contournement et de l’enroulement), une gestuelle de santé (une thérapeutique énergétique) et une discipline spirituelle fondée sur la répétition du pas glissé, parfois appelé « le pas dans la boue » (ba gua tang ni bu, 八卦趟泥步).
Comme le Tai Ji Quan ou le Xing Yi Quan, le Ba Gua Zhang ne désigne pas un style unique, mais plutôt une famille d’écoles qui ont des points communs et des différences aussi bien dans les déplacements que dans le positionnement des mains. Citons : l’école Cheng avec sa main du dragon (long zhang), l’école Yin (avec sa main en langue de bœuf, niu she zhang) qui sont les plus représentées. Et même encore à l’intérieur de ces écoles, les différents maîtres qui transmettent aujourd’hui leur art ont manifestement chacun leur saveur propre.
Un certain nombre de principes sont toutefois accepté par les différentes écoles; ils sont résumés dans un texte anonyme connu sous le titre de Shi yao ba fa, 十要八法, les Dix ordres et les huit principes. En voici une traduction possible :

Les principes du Bagua Zhang

十要, Shi yao : Les 10 Commandements

  • Tête: Tête et nuque droite, le regard à l’horizon, le cou vide et le vertex étiré, l’esprit et l’intention présents.

  • Dos: Rentrer la poitrine, et arrondir le dos, la force presse le corps en avant, sans tension ni raideur ; il se déploie avec naturel.

  • Épaules: Elles communiquent, détendues, relâchées, pour que la force arrive dans les mains.

  • Bras: Le bras avant se déplie ; le bras arrière protège le corps, de sorte qu’en roulant ou en perçant, les transformations épousent les  ‘inflexions du cœur’.

  • Coudes: Descendre et baisser les coudes pour que la force soit transmise aux mains ; il faut insister sur les coudes, afin de se préserver pendant les attaques.

  • Mains: Pouces écartés, majeurs à la verticale, quatre doigts collés, Bouche du Tigre arrondie.

  • Taille: Elle est comme un essieu, de sorte que souplesse et dureté alternent ; elle vrille et tourne, avec force et agilité.

  • Fesses: Au « fond de la vallée », rétrécir et tirer (contracter le périnée) pour faire communiquer 任脉, Renmai et 督脉, Dumai, l’énergie descend au Champ de cinabre (丹田) ; rétroverser les hanches et rentrer les fesses.

  • Cuisses: L’avant des cuisses conduit les mouvements, l’arrière sert d’appui et de contrôle, les genoux sont rassemblés vers l’intérieur et les cuisses avancent comme des ciseaux.

  • Pieds: Le pied intérieur avance droit, le pied extérieur est légèrement rentrant, glissant comme sur la boue, orteils verrouillés pour saisir le sol.

八法, Ba Fa : Les Huit Principes

Les 3 DING, Tirer

  • Tirer la tête – pour assurer la verticalité

  • Tirer la langue (contre le palais) : pour produire la salive, considérée comme une liqueur précieuse

  • Tirer les paumes (en cassant les poignets) : pour renforcer les mains, et donner de la force aux doigts

Les 3 KOU, Verrouiller

  • Verrouiller les épaules : pour que la force se transmette aux coudes

  • Verrouiller le dos des mains : pour que la force afflue dans les mains

  • Verrouiller le dos des pieds : en saisissant le sol avec les orteils, de sorte que toute la force enracinée dans les pieds puisse se transmettre à tout le corps et que les positions soient stables

Les 3 MIN, Agilité-Rapidité

  • Le cœur doit être agile et rapide : pour pouvoir s’adapter à toutes les transformations de la situation

  • Le regard doit être agile et rapide : pour discerner les mouvements dans les six directions

  • Les mains doivent être agiles et rapides : pour sortir et piquer l’adversaire

Les 3 BAO, Preserver

  • Préserver le cœur et l’intention : pour que l’énergie ne se perde pas à l’extérieur

  • Préserver les flancs : pour y retenir toute la force

  • Préserver l’audace et le courage : pour rester uni face à l’adversaire

 

Les 3 CHUI, Descendre

  • Descendre l’énergie au Champ de cinabre (en respirant naturellement).

  • Descendre les épaules, pour permettre à la force de descendre dans les coudes

  • Descendre les coudes : pour permettre au dos de s’arrondir

Les 3 QU, Plier

  • Les bras sont pliés : pour que l’énergie puisse circuler

  • Les jambes sont pliées : pour pouvoir enraciner le corps

  • Les poignets sont pliés : pour pouvoir augmenter la force des mains

Les 3 TING, Dresser

  • Dresser le cou : pour faire monter la vitalité

  • Dresser la taille : pour permettre à la force de circuler dans tout le corps

  • Dresser les genoux : pour qu’ils puissent libérer toute leur force, que l’énergie et l’esprit puissent galoper

Source: Ba Gua Zhang, Liu Jingru, p.62-63 et traduit par J. Ravenet dans Transmission Vivante du Ba Gua Zhang (Guy Trédaniel Editeur, 2007).

 

: démonstration de Sifu Jerry Alan Johnson, un des rares maîtres occidentaux, de l’Ecole Chang Zhao-Dung Bagua Zhang, certifié et reconnu par ses pairs asiatiques: vidéo sur le développement, la culture et le raffinement du Chi.

Stratégie du combat

L’art du Ba Gua Zhang est fondé sur une stratégie du contournement. Les déplacements circulaires visent à esquiver les pièges d’un rapport de force qui jouerait au détriment du pratiquant. Il s’agit de se dérober au face-à-face et de passer sur les côtés ou dans le dos de l’adversaire.
Les esquives du corps fondés sur ces déplacements se font par frottements des membres supérieurs, plutôt que par chocs.
Ce style inclut également un travail de frappe, et un travail de projection – surtout dans la lignée Cheng, puisque Cheng Ting Hua était un spécialiste de Shuai Jiao, la lutte chinoise.
Quant au travail de frappe, il est rendu difficile par l’inertie de la force centrifuge. C’est la raison pour laquelle le Ba Gua Zhang est souvent étudié en synergie avec des styles qui compensent cet inconvénient. Le plus souvent, il est étudié en même temps que le Xing Yi Quan, la Boxe de la Forme et de l’Intention. L’un des derniers grands maîtres vivants, Liu Jing Ru, le pratique aussi en synergie avec le Liu He Tang Lang Quan, la Mante Religieuse des Six Harmonies. Ces deux derniers styles appartiennent aussi à la famille interne : mais ce sont des styles linéaires qui permettent au contraire de travailler en ligne droite, dans l’axe de l’adversaire.

 

: vidéo sur les techniques martiales du Ba Gua.

Maître Wang Tun Ken nous explique, lors d’une interview au magazine ‘Karate-Bushido’: « La marche en cercle est issue de l’une des branches du Taoïsme, intitulée Long Men Pai (La Porte du Dragon). Ses adeptes avaient en effet coutume de s’adonner à cette pratique le matin ou le soir comme exercice énergétique de santé et pour éveiller l’esprit. C’est d’ailleurs auprès d’un taoïste que le maître Tong Haï Chuan a appris cette méthode. On ne sait pas au juste si c’est à lui personnellement que l’on doit les techniques de combat du Bagua ou bien s’il les a apprises directement auprès des taoïstes. Mais cette façon de marcher si particulière, il est absolument certain que ce sont eux qui lui ont enseignée. En ce qui consiste la marche en cercle, elle permet surtout de développer l’énergie et par conséquent de favoriser la santé. Les taoïstes avaient l’habitude de marcher de cette façon, en veillant à la perfection de leur posture, à la tranquillité de leur esprit et au relâchement de leurs mouvements. Il s’agit bien, donc, d’un exercice de Qi gong dynamique. Mais le Bagua Zhang est aussi, bien entendu, une boxe de l’école interne. Elle n’a rien à voir avec les arts martiaux de l’école externe. Par interne, nous entendons trois points clefs:

1) Le calme, la concentration dans le travail.

2) La décontraction. Comment parvenir à l’état de relâchement total du corps:

3) Il faut transformer la façon dont le corps travaille, dans une direction complètement différente de celle que l’on entend dans la vie quotidienne.

Ces trois points clefs sont fondamentaux et sont observés à la fois par les pratiquants de Taijiquan, de Bagua Zhang et de Xingyi Quan, caractérisant ainsi formellement l’école interne par opposition à l’école externe. En renforçant l’équilibre énergétique, on renforce pareillement la santé. Si l’on n’observe pas correctement ces principes, on est susceptible de bloquer le flux harmonieux de l’énergie dans le corps. Enfin, dans le combat, Si l’on mélange avec des apports de l’école externe, on se situera sur le plan de l’externe et non plus sur celui de l’énergie… En d’autres termes, on aura perdu beaucoup de temps pour rien. Et c’est précisément parce qu’il est si difficile de se débarrasser de la raideur et de la tension que beaucoup de pratiquants, par manque de patience, abandonnent en cours de route. Si l’on travaille correctement, en observant bien tous les principes, en trois ans seulement il est possible d’obtenir des résultats encourageants. »

Sources: article ‘Bagua Zhang’, wikipédia, et le site web de Sifu Georges Charles, TaoYin.com.

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